Pourquoi l’Eglise ne peut pas bénir des époux homosexuels

15 octobre 2014

Comme le dit clairement le titre, il ne s’agit pas ici de parler de ce que l’Eglise veut ou ne veut pas faire, mais de ce qu’elle ne peut pas faire. Ce qu’elle ne peut pas faire de par sa mission et sa raison d’être, qui est le témoignage de l’Evangile.

Conformément à la volonté et à l’œuvre de Dieu, accomplies en Jésus-Christ, l’Eglise ne peut pas prononcer la bénédiction de Dieu sur des époux homosexuels.

Avant d’argumenter cette affirmation, deux précisions s’imposent.

La première est qu’elle ne s’appuie sur aucun argument qui relèverait du jugement moral. Il n’est pas question d’estimer les vertus ou les méfaits pour la société de l’homosexualité. « Tu es inexcusable, qui que tu sois, toi qui juges », écrit Paul (Romains 2.1), après avoir dressé une longue liste des « impuretés » et « choses indignes » auxquelles se livrent ceux qui « se vantent d’être sages » et « ne jugent pas bon d’avoir la connaissance de Dieu » (1.21-32) – liste par laquelle tout le monde s’entendra désigner. D’où la suite : « Tu es inexcusable car en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même, puisque toi qui juges, tu fais comme eux. » Le message est clair : tout homme qui condamne un autre homme – c’est-à-dire conteste, pour quelque raison que ce soit, la valeur absolue de son existence – se condamne lui-même. Si donc l’Eglise ne peut pas bénir un mariage homosexuel, ce n’est pas parce que l’homosexualité, « c’est mal », car il n’est conforme à la mission de l’Eglise ni de condamner l’homosexualité, ni de l’approuver. L’Eglise n’a pas mission de désigner ce qui est mal, mais d’annoncer ce qui est le bien et ce par quoi le bien s’accomplit pour les hommes : l’Evangile de Jésus-Christ.

Je résume : le fait que l’Eglise ne puisse pas bénir des époux homosexuels n’a rien à voir avec l’expression d’une quelconque homophobie.

La seconde précision – qui prolonge la première – est que l’affirmation de cette impossibilité ne constitue en rien une critique ou une contestation des juridictions civiles. Il n’est pas question d’appuyer la position de l’Eglise sur l’approbation ou la réprobation du « mariage pour tous » récemment instauré en France et des autres juridictions semblables, ni sur l’évaluation de leurs conséquences sociales. Sauf à être confrontée à l’édiction de lois liberticides, racistes ou sexistes par exemple, ou restreignant la liberté de conscience et d’expression (ce qui n’est pas le cas en l’occurrence), l’Eglise n’a pas à commenter et moins encore à contester l’action du législateur. Car la mission de l’Eglise n’est pas de changer le monde, d’instaurer le royaume – ou quelque chose qui, selon elle, y ressemblerait – mais d’annoncer dans le monde l’Evangile et la venue du royaume. Autrement dit, il n’est pas question pour l’Eglise d’appeler le monde à se conformer à Dieu, mais d’annoncer la venue de Dieu dans le monde, non pas pour le jugement, mais pour le salut du monde.

Je résume : le fait que l’Eglise ne puisse pas bénir des époux homosexuels ne signifie en rien de sa part la non-reconnaissance du mariage homosexuel prononcé par le magistrat compétent, et seul compétent. La société marie ; elle accomplit et reconnait le mariage : l’Eglise n’a pas à être pour ou contre ce fait du monde ; elle ne peut qu’en prendre acte.

Cependant, prendre acte d’un fait du monde n’oblige en aucune façon l’Eglise à bénir ce fait (pas plus que cela ne l’autorise à le maudire), c’est-à-dire à le désigner comme un fait conforme à la volonté et à l’œuvre de Dieu.

Après avoir écarté ces deux voies d’argumentation, dans lesquelles l’Eglise – toutes les Eglises – n’a pas à s’aventurer, bien qu’elle s’y fourvoie régulièrement, nous pouvons maintenant poser cette question, la question, pour y répondre… Pour quelle raison l’Eglise ne peut-elle pas bénir des époux homosexuels ?

Ce n’est pas pour cette raison, souvent invoquée, selon laquelle l’union d’un homme et d’une femme symbolise en soi la vocation de l’humain à se construire et s’accomplir par l’association à un autre que lui-même. L’humain – c’est un fait – n’a pas d’avenir dans le monde sans l’union des dissemblables que sont, par excellence, l’homme et la femme. De même et à l’image de cette altérité fondamentale, il est indiscutable que le dynamisme anthropologique dépend des échanges et des interactions entre les cultures, de leur capacité à évoluer par l’intégration d’apports étrangers.

Cet argument de la « nécessité anthropologique de l’altérité » n’est pas faux, mais il est, en la matière, insuffisant. On y objectera, sans difficulté, que l’altérité peut se situer bien ailleurs que dans la seule altérité sexuelle : elle peut être ethnique, culturelle, socioprofessionnelle, religieuse… Deux homosexuels norvégien et chinois, par exemple, présenteraient entre eux une altérité au moins comparable à celle qui distinguerait un homme et une femme nés dans la même région. L’argument de l’altérité, qui a certes l’avantage d’une certaine élégance, n’est cependant pas en soi la raison essentielle pour laquelle l’Eglise ne peut pas bénir des époux homosexuels ; il n’en est, tout au plus, qu’un élément.

Cette raison essentielle, la voici : l’Eglise ne peut pas bénir des époux homosexuels, parce que leur union est stérile.

« Dieu créa les humains à son image ; homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. » (Genèse 1.27-28) Voilà ce qui constitue la raison d’être de l’union entre un homme et une femme, appelée mariage : la pro-création, au sens propre du terme. L’appel à s’unir, non pas « parce que l’on s’aime », mais pour donner naissance, pour abriter naissance et croissance, voilà ce qui est l’essence du mariage auquel un homme et une femme peuvent s’entendre mutuellement appelés. Quand à la fidélité à laquelle s’engagent les époux devant le magistrat, elle s’entend comme la fidélité due par l’homme et la femme envers leurs enfants à naître, laquelle implique la fidélité entre eux-mêmes, indispensable à la stabilité de la structure procréatrice ; fidélité dont l’homme et la femme sont capables  en tant qu’ils existent « à l’image de Dieu », au témoignage et à l’œuvre de sa fidélité. Fidélité qu’il a lui-même assumée jusqu’au bout envers nous, ses enfants, par Jésus-Christ.

L’appel conjointement reçu de Dieu à s’unir pour procréer, conformément à sa volonté et par la vertu de sa fidélité, c’est cela le mariage envers lequel l’Eglise peut prononcer la bénédiction de Dieu. Et elle ne peut le faire envers aucune autre union que celle-là, et en particulier envers l’union homosexuelle, parce que celle-là seule, l’union pour procréer, participe de l’œuvre de Dieu dont l’Eglise est le témoin et la servante ; celle-là seule est féconde.

Ecartons d’emblée l’objection selon laquelle il arrive aussi à des époux hétérosexuels d’être stériles, qu’il s’agisse ou pas – bien entendu – d’époux chrétiens. La réponse, aisée, est qu’il en va tout autrement d’une stérilité accidentelle et d’une stérilité structurelle. Qui penserait soumettre la stérilité homosexuelle à la recherche médicale, au même titre que les diverses formes de stérilité hétérosexuelle, auxquelles on parvient d’ailleurs de mieux en mieux à remédier..?

Le mariage selon la volonté de Dieu n’a d’autre raison d’être qu’en rapport à la vocation de procréer, vocation dont l’homosexualité s’exclut elle-même, à laquelle elle ne peut participer. Dire cela, ce n’est en aucun cas prononcer une condamnation ; c’est prendre acte d’un état, qui affirme d’ailleurs sa propre capacité et légitimité à être vécu comme tel. Mais cet état devient condamnation, auto-condamnation, lorsque l’homosexuel lui-même prétend remédier à sa stérilité structurelle. Il affirme, ce faisant, sa propre anormalité, sa propre carence existentielle. N’est-il pas manifeste, en effet, que la revendication homosexuelle – qui n’est d’ailleurs pas, loin s’en faut, la revendication de tous les homosexuels – d’accéder à l’institution du mariage exprimait très majoritairement l’aspiration à résoudre la stérilité et à recouvrer la fécondité, ressentie comme un critère irréductible de plénitude et même de légitimité existentielle ? C’est à la fois le droit et la possibilité de procréer qui étaient largement affirmés à travers la revendication au mariage, et plus encore à travers celle de la bénédiction religieuse. Et de fait, au-delà du mariage déjà obtenu, c’est le recours à tous les palliatifs possibles (PMA, GPA…) pour accéder à la procréation qui est d’ores et déjà exigé. Mais cette exigence se heurte, à ce jour, à l’opposition d’une majorité d’élus et de citoyens, qui en perçoivent intuitivement la nocivité. Cette nocivité, bien réelle, n’est pas une nocivité morale, mais la nocivité de l’auto-condamnation que constitue la prétention homosexuelle à la fécondité, à la procréation. L’auto-condamnation que tout homme, toute femme, redoute de s’infliger un jour à lui-même… Comment en effet ne pas considérer que cette revendication relève en soi du refoulement de l’homosexualité ? Assumer l’homosexualité n’implique-t-il, n’exige-t-il pas d’assumer la stérilité, qui lui est structurelle ? Incontestablement, les revendications au droit d’être homosexuel et au droit de procréer sont formellement contradictoires, et trahissent un conflit de personnalité : j’affirme ce que je suis en exigeant la possibilité d’être ce que je ne suis pas, tout en affirmant le droit de ne pas l’être ; j’affirme ma différence en exigeant le droit d’être comme les autres…

Comment un tel conflit, un projet à ce point auto-contradictoire, relèverait-il de la bénédiction de Dieu, et même de quelque autre bénédiction que ce soit ? C’est la raison pour laquelle de nombreux homosexuels ne se sont pas associés à la revendication au mariage. Cela parce qu’en tant qu’ils assument leur homosexualité, ils assument la stérilité et le renoncement à procréer qui en est la conséquence. Leur choix, comme tous les choix – en admettant qu’il s’agisse d’un choix – existe par le renoncement qu’il implique ; il ne peut être vécu, il ne peut avoir de sens sans ce renoncement.

Il reste une autre objection, beaucoup plus édifiante, à l’impossibilité pour l’Eglise de bénir les époux homosexuels : elle consiste à faire valoir qu’il y a d’autres formes de fécondité que la fécondité biologique. Ce qui est parfaitement vrai, et en particulier dans l’Eglise. En effet, le témoignage qui appelle à Jésus-Christ, qui ouvre le chemin de la foi, peut légitimement être qualifié de fécond, car « à tous ceux qui reçoivent la parole de Dieu venue dans le monde, elle donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jean 1.12). Il s’agit de la fécondité de la foi, fruit du mariage avec l’Esprit-Saint, fécondité par laquelle des hommes et des femmes qui étaient pour la mort renaissent à la vie. Et c’est en raison de cette fécondité, fondée dans la liberté de Dieu, que tous ceux qu’il appelle à devenir membres de l’Eglise y ont leur place pleine et entière, quel que soit leur état dans la chair. A ce titre, il n’y a dans l’Eglise ni homosexuels ni hétérosexuels chrétiens, célibataires ou en couple, mais seulement des chrétiens, dans la vie desquels Dieu investit la fécondité de la foi, selon sa volonté, afin qu’ils rendent témoignage non pas de ce qu’ils sont, mais du salut que Dieu adresse à leurs semblables en Jésus-Christ.

Tous ces chrétiens, et quel que soit ce qu’ils sont pour le monde, sont l’objet de la même bénédiction de Dieu, de sa même présence avec eux dans l’œuvre quotidienne de son salut. Mais au sein de cette bénédiction, la bénédiction particulière que Dieu adresse à ceux qu’il appelle, en tant qu’époux, à la procréation, leur est bien spécifique, de même que leur fécondité est bien spécifique : parce qu’elle n’est pas relative au ministère du salut, mais au ministère de la création elle-même.

L’Eglise ne peut pas bénir au nom de Dieu des époux homosexuels, parce que leur union est stérile, et en cela ne participe pas de l’ordre de la création.

Cette position, que l’Eglise doit fermement tenir pour demeurer l’Eglise, ne constitue en rien un jugement homophobe, ni une contestation de l’autorité du législateur en matière de gouvernement civil. Elle relève bien, par ailleurs, du temps de l’Eglise et non du royaume des cieux, où « les hommes ne prendront pas de femmes, ni les femmes de mari, mais où nous tous serons comme les anges de Dieu dans le ciel. » (Matthieu 22.30)

 

Télécharger l’article en pdf

Annexe

Décision du Synode Général de l’UNEPREF rejetant la bénédiction d’époux homosexuels

Décision du Synode National de l’EPUdF ouvrant la possibilité de bénir des époux homosexuels

Réagir...

Retour aux articles

Une question ?
Besoin d'un renseignement ?
Contactez-nous !